Le printemps de Bourges, ça a bien commencé, mon train il a pas brûlé, il avait pas de retard, y'avait juste un tueur en série sur le siège en face à un moment. Je l'ai pas regardé dans les yeux et ça a été. Il a gardé sa valise avec ses armes dedans fermée, et moi je faisais style d'écouter Sanseverino l'air de rien en regardant le paysage. Ca avait bien commencé je te dis. Mais je suis sortie du train, et la première personne que j'ai vu...C'est Louise.
- Vous allez voir Cali ce soir ?
- On..
- Ca va être trop nul. J'ai pas envie d'y aller. Je sais pas pourquoi j'ai pris ma place.
- Bah moi non plus...
- Vous aimez bien vous hein, vous êtes formatées, vous êtes vraiment pathétique. Moi j'aime pas Cali. Il est trop connu. Y'a un seuil, tu sais. Le seuil c'est quand c'est connu j'aime plus.
- D'accord...Bon bah nous on va y aller...On voudrait garder notre moral, parce que c'est les vacances quoi...
Alors on est parti avec ma Paulinette, au concert de Cali. A un moment il a lancé sa serviette à côté de moi.
- Bah Marine !
- Quoi ?
- Marine !
- Quoi ?
- Cali ! Il a lancé sa serviette à côté de toi, t'as pas bougé !
- Pourquoi, je devais bouger ?
- Mais fallait attraper la serviette ! La serviette de Cali !
- D'accord, la prochaine fois je..
- Mais y'aura pas de prochaine fois ! Marine ! Putain !
Après j'ai cherché Louise du regard, voir si je pouvais pas me faire agresser par quelqu'un d'autre dans la même minute. Pour concentrer, comme ça après c'est fini.
- Marine ! Faut y aller !
- Bah pourquoi ? C'est pas fini, il va peut être lancer une autre serviette, et cette fois, crois moi, je vais la rattraper, je suis prête, je suis à fond, direct, il la lance, et hop..
- Nan. On y va, sinon on va rater le train.
Alors on a couru. T'sais pas genre un petit coup de speed entre les deux arbres du milieu de la rue et puis après tu halètes pendant deux cent mètres. Nan. Une demie heure de coup de speed.
- Allez Marine !
- C'est bon, arrête, je suis à côté de toi.
Pauline, elle avait deux mètres d'avance et elle se la pétait.
- On est arrivé là ?
- Nan.
- A la moitié ?
- J'en sais rien.
- Et là ?
- La moitié oui.
- Et là, j'espère que c'est fini. J'en peux plus. C'est au bout de la rue ?
- Encore deux ou trois rues.
- J'en ai marre. Vas y toi, moi je resterais dans la gare cette nuit. Je m'en fous.
- Marine....N'importe quoi. Allez !
- J'en ai marre...
Imagine bien le truc, moi en train de mourir, et Pauline deux mètres devant, tête haute et le pas leste, genre ça va bien, pourquoi ? Après, elle m'a tué.
- Tiens, moi qui suis pas fatiguée, qui peux courir tout en faisant une dissertation de philo et essayent des bottes à talons, je vais appeler Elisabeth !
- Mais...Pauline, t'es pas essoufflée ?
- Elisabeth ? Ca va bien ? Ces vacances ? Alors on se voit bien demain, blabla rendez vous blablabla, si, je suis avec Marine, mais je comprends pas pourquoi elle respire fort et elle a les joues rouges, oui, blablabla d'accord, ok, écoute, on est devant la gare, oui, à demain Elisabeth !
- ...
- Le train a vingt minutes de retard ! Mince, on aurait pu ne pas courir.
- Kof Kof.
- Marine ?
- Kof kof, ca va, arrête.
- Qu'est ce qu'il y a ?
- Kof kof, rien.
Après je suis morte. Et le matin, on a été chercher Clairassinoux qui veut que je change son nom dans mes articles sinon après elle se fout la honte parce que en vrai elle est pas comme je l'écris. On a été la chercher à la gare, mais son train il avait brûlé. Je te jure. Après elle a réussit à venir à Bourges en voiture, avec des gens qu'elle connaissait pas.
- Arrêtez, c'est mon porte feuille ! Mais ! Non ! Pas ma culotte !
Elle est arrivé et elle a pas osé en parler, elle a dit que ça c'était bien passé. Alors on a fait comme si de rien n'était. Bon d'accord je vais changer ton nom Claire, repose le téléphone, t'façon il sont occupés à la police. Claire, à Bourges, elle avait emmené son duvet, et puis un gros sac. Avec dedans tout le nécessaire. Des pierres, mais des grosses hein, tous ses cours depuis la cinquième rangés dans des cartons, ses chaussures de ski alpin, sa petite s½ur, un dictionnaire français/allemand au cas où. On était tranquillement en balade genre groupe hippie/pop/rock imprévisible trop déchiré quoi-an, d'Ice tea à l'air libre en jus d'orange gratuit dans un bar, avec Lauranne, Thibault, Elisabeth, Clément, Paulinette, Rassinoux et moi. Et le sac de Rassinoux. Ses pierres et tout ça. Nan, mais c'était indispensable, alors je me plains pas. A un moment on avait envie de s'asseoir, on a sorti les pierres, une chacun et voilà. A un moment on s'est demandé le prétérit composé du subjonctif passif en anglais comment ca s'écrivait, bah Claire elle a sorti ses cours d'anglais et hop. On est rentré à Saintamanronmonron, où Pauline elle habite. En voiture, à cinq dans une Micra. Tu sais, Micra, comme micro : ça veut dire c'est petit. Pauline, j'ai toujours l'empreinte de ta cuisse droite dans mon genou gauche. Les filles elles faisaient que de chanter pour déconcentrer Clément qui conduisait. Michel Sardou, n'importe quoi, quand moi j'ai chanté la crème de la chanson française, personne connaissait Dora l'exploratrice !
- Sac à dos, sac à dos ! Elisabeth, tu connais pas ?
- Nan, euh...Les filles, vous avez eu le BAFA ?
- Nan, moi j'ai raté, je suis nulle en gommettes. Clairassinoux elle a raté à cause de l'option « faites un sac pour partir en camping », elle a emmené n'importe quoi : un fax, sa petite s½ur encore, un chauffage électrique...
- Mais sinon, personne connaît « sac à dos, sac à dos » !
- « Bafa, bafa » !
- Pauline ? Qu'est ce que tu fais ?
- Bah quoi, je chante un mot, comme toi !
Et après j'ai rigolé pendant deux heures, d'ailleurs là j'en rigole encore un peu. Et après on dit que je suis bon public. Franchement je vois pas du tout pourquoi. Hahaha. Je rigole souvent c'est tout. On a tourné dans des chemins en terre pendant une heure, on croyait qu'on allait jamais arriver.
- Ouais, c'est vrai, on va jamais arriver.
Alors tu vois. En fait on est arrivé. « On va chez ma grand mère. Chez moi c'est trop petit. » a dit Pauline. C'était la nuit, c'était en bas d'une descente reculée où il pouvait y avoir des psychopathes cachés derrière la porte qu'on nous aurait pas entendu crier, mais je disais rien hein. C'est Clément, il a gagné le prix de la malalaiseté.
- Pauline, on va pas trop la déranger ta grand mère ?
- Nan, elle est morte.
- Ah merde, excuse...Euh...Je savais pas...Euh...Les toilettes c'est là bas nan ? Je vais voir.
Le jour d'après, on est allé voir le concert de Bénabar avec des potes de Pauline. Y'avait une fille qui voulait acheter du jambon, j'ai pas compris. C'était le premier mai, le muguet, tout ça.
- Nan, moi je veux acheter du jambon.
Et on a trouvé Cheikha Rimiti aussi. Nan. On est tombé sur Cheikha Rimiti, et ça fait un peu pas plaisir. Une litote se cache dans la dernière phrase, saurez vous la retrouver ? Charlie se cache dans cette page, saurez vous...Une litote c'est quand je dis ça fait un peu pas plaisir, alors qu'en fait, si on y avait pensé, on aurait jeté nos portables pour l'assommer. On aurait jeté n'importe quoi. Même Clairassinoux.
- Applaudissez bien fort Cheikha Rimiti !
- Nan.
- Bah ! Marine !
- C'est le concert de Bénabar. Alors je veux Bénabar. Pas une meuf déguisée avec des petits miroirs turquoises sur sa robe.
- ...
- M'en fous j'applaudirais pas. Je reste les bras croisés et les yeux mauvais. Oui je fais ma Louise. Qu'est ce qu'il y a ? Il est nul ce cours, t'façon, c'était mieux dans mon lycée de Montluçon. Ah, c'est pas un cours...Il est nul ce concert. C'était mieux à Montluçon.
Au bout de trois minutes, quand le public a vu qur Cheikha elle était arrivée juste au milieu du quart de la scène et que bon, c'était le concert de Bénabar quand même faut arrêter de perdre du temps, ils ont commencé à pleurer. Moi je la regardais toujours les bras croisés sans sourciller. Une heure. Elle voulait plus s'arrêter.
- C'est la fin là. Ca a l'air d'être la fin. Elle nous fait coucou, faut lui faire au revoir.
- Au revoir, salut, allez ! Allez !
Avec ensuite Vincent Delerm.
- Hé, c'est moi !
- « On est parti avant la fin...
- On se marie ?
- Du monologue Shakespearien... »
- Vincent, tu m'écoutes?
- « Aucun décor aucune intonation on s'est dit pourquoi pas, aucun public finalement... »
Il m'écoutait pas. Vincent Delerm avec son jean légèrement serré, sa chemise légèrement serrée pareil, le tout avec son humour et son attitude un peu...Décalée du monde genre je sors de Chambord, pourquoi ? Après le concert on a pris des trains. On avait des billets pour rentrer à Orléans, mais à la SNCF ils ont dit nan.
- Bonjour !
- Voie deux.
- Mais...
- Ta gueule.
- D'accord.
On est passé par Strasbourg. Puis Strasbourg-Lille. Lille- Vierzon. Vierzon-Arcachon, Arcachon-Orléans.Mais on était dans le train, on allait pas se plaindre. Par contre, tous les gens d'Arcachon ils avaient décidé d'aller à Orléans ou quoi ? Dans les wagons, c'était plein, y'avait même des gens à la place des bagages. En hauteur, là, les étagères à bagages me dit Pauline. Le tiroirs à bagages nan ? Les commodes à bagages, vas y dis le j'ai pas peur. Alors on s'est assis par terre dans le coin de transit entre les wagons. T'sais, quand t'as l'impression d'être assis entre les roues et les rails.
- Hein ?
- Quoi ?
- Tu m'as parlé ?
- Bah nan !
- C'était bien non ?
- Hein ?
- J'ai dit, c'était bien Bénabar non ?
- Oui, vas y, appuie toi sur la barre, moi je me tiens à la poignée d'ouverture des portes...
A Strasbourg, on a changé de train et on a même eu le droit de s'asseoir.
- C'ETAIT BIEN NON ?
- Arrête de crier, c'est bon, on est au calme.
- AH PARDON. Pardon.
A Orléans, à un moment, je me suis mise à crier.
- Hé, c'est le mec de la star ac' ! Le mec de la star ac' ! Les filles ! Oh !
- Attends, je prends ma valise. Tu veux pas m'aider ? Tiens, je vais devoir retirer des sous, je veux m'acheter du Doliprane je suis malade. T'as pas un mouchoir ? Non ? Pas grave. Marine, t'as mon sac de couchage ? Au fait, t'as fait une tache sur ta veste. Hé, tu savais qu'il était en soie mon sac de..
- MAIS LES FILLES ! Le mec de la star ac' ! Tout le monde s'en fout ou quoi ?
- Oui. Tiens, prends ma valise.
PS: Photo de Sally Mann.